Un film fait aujourd'hui polémique. L'adaptation d'une bande dessinée considérée comme inadaptable, car beaucoup trop dense...En résulte une oeuvre de près de trois heures, intéressante, surprenante, bien que décevante et bâclée sur certains points. La polémique est double: d'une part, la déception notable de certains fans de l'oeuvre originale d'Alan Moore, culte depuis plus de vingt ans. Ce reproche peut néanmoins être fait pour chaque adaptation cinématographique...Il ne fait en aucun cas transparaître la singularité du film de Zach Snyder, qui, par la finesse de son montage, amoindrit la lourdeur du message porté au spectateur. Le second reproche que l'on associe au film est sa violence et ses scènes de sexe jugées "pornographiques" par certains, "inutiles" par d'autres...Certes,
Watchmen n'est pas un film pour enfants (même de douze ans...). Il expose la
saleté de la ville, celle que l'on retrouve dans le sublime
Taxi Driver ou le pitoyable
Sin City; la corruption régnant sur tous les puissants, c'est-à-dire, les politiques, les représentants de l'ordre, les hommes d'affaires, les crimes crapuleux qui s'accumulent dans les sombres ruelles, mais aussi, et tout simplement, les déchets qui s'amoncellent partout et qui côtoient les citadins. Mais le passé de Rorscharch, exposé d'une cruelle manière, ôte tout point de vue sur le meurtre du pédophile, sinon celui d'une sublimation du crime pour l'esthétique. Serait-ce le motif de tant de sécheresse dans le traitement? Lénine affirmait que
l'éthique, c'est l'esthétique du XXIe siècle. Il faut uniquement considérer ici le long-métrage, réalisé en 2008, donc au XXIe siècle, et non pas l'oeuvre de Moore, du XXe siècle... N'y aurait-il pas donc pas d'autre motivation, de parti-pris pour montrer cette violence? Montrer du sang pour en montrer n'a aucun sens. C'est la quintessence de la stérilité artistique. Ainsi, un réalisateur comme Spielberg use de ce procédé dans son ridicule
Munich (lors du premier assassinat orchestré par le Mossad). Il en est de même pour Snyder avec son dernier film. On pourrait rétorquer avec le symbole même de l'oeuvre initiale, où un smiley est tâché d'une goutte de sang. Il serait alors logique de s'en inspirer. Cependant, une oeuvre cinématographique ne doit pas s'attacher à des symboles, quels qu'ils soient. L'éthique disparaît au profit de l'esthétisme, et non plus de l'esthétique. Celle de
Watchmen peut s'avérer choquante, usant jusqu'à plus soif d'effets numériques, à l'image du "plongeon" du Comédien dans le vide. Rien ne semble vrai. Il ne s'agit pas ici de vraisemblance, mais de vrai. Aucune chair n'est filmée en dépit des scènes de sexe qui font scandale. Rien ne peut troubler le spectateur car rien n'est montré ou explicité. Il n'y a aucune proximité avec le physique des acteurs, sinon avec la psychologie des personnages. Voilà le point fort du film; en exerçant la mémoire et l'intelligence du spectateur, Snyder s'assure de voir le passé des protagonistes (et plus particulièrement du Docteur Manhattan) connu de tous au bout de deux heures quarante... Elle est peut-être là, l'éthique du film: faire comprendre le
pourquoi de la violence exposée durant le film, à travers ceux qui créent l'histoire et recréent l'Histoire, nos Gardiens.
Le Comédien, héros ou monstre sanguinaire?